L’itinérance ne se résume pas à ce qu’on voit
Elle peut être visible.
Elle peut être cachée.
Elle peut toucher des personnes de tous âges.
Il n’y a pas une seule façon de vivre l’itinérance.
Découvrez trois parcours pour voir l’itinérance autrement et les ressources qui accompagnent celles et ceux qui la vivent.
L’itinérance au féminin se définit notamment par son invisibilité. Bien que présentes dans l’espace public, les femmes peuvent camoufler leur situation d’itinérance pour des raisons de sécurité, de dignité ou de préservation de leurs liens sociaux. 2
Christine avait ses repères, ses responsabilités et des chiens dont elle prenait soin. Pourtant, elle a elle aussi connu une période d’itinérance.
Parcours de vie
Une mauvaise fréquentation la mène à vivre une période d’incarcération. À sa sortie, elle n’a plus de logement ni de ressources et doit repartir de zéro.
Elle réussit à se reloger, mais sa situation demeure fragile. Un conflit avec son propriétaire mène à une intervention policière qu’elle décrit comme fondée sur un faux appel au 911. Elle perd son logement, une partie de ses ressources et ses repères.
Lors de son arrestation, elle subit une importante commotion cérébrale. Les séquelles, notamment des pertes de mémoire, s’ajoutent aux difficultés physiques, psychologiques et financières qu’elle traverse déjà.
Elle dort parfois dans une voiture, se déplace à vélo durant la nuit et cherche des endroits où elle peut se sentir suffisamment en sécurité pour dormir, se laver et reprendre son souffle.
Pour elle, les femmes en situation d’itinérance sont souvent moins visibles. Par peur, par honte ou pour se protéger, elles évitent les lieux associés à l’itinérance et tentent de passer inaperçues.
Des travailleuses de rue, l’organisme PECH et d’autres professionnel·le·s commencent à se coordonner autour de sa situation. Peu à peu, elle se bâtit un réseau vers lequel se tourner lorsqu’elle traverse une crise ou a besoin d’aide.
Après plusieurs années d’errance et d’attente, elle obtient un logement subventionné. Pour elle, cette stabilité devient une condition essentielle pour reprendre soin d’elle et commencer à se reconstruire.
Après plusieurs années en logement, elle commence progressivement à retrouver une stabilité. Elle demeure toutefois marquée par les traumatismes, l’épuisement et les séquelles de son parcours.
Impliquée comme paire aidante au Projet L.U.N.E, elle accompagne maintenant d’autres personnes qui vivent des réalités semblables. Ce qui l’a aidée à se relever devient à son tour une façon de soutenir les autres.
L’accès limité à des logements subventionnés, abordables et adaptés aux besoins particuliers des femmes constitue un obstacle important à la sortie durable de l’itinérance.
Le manque de places en hébergement et les difficultés d’accès aux services peuvent prolonger des situations de précarité et contribuer à leur détérioration.
Plus de femmes arrivent à la rue et sont confrontées à l’insécurité et aux violences qui en découlent.
Découvrez des organisations qui peuvent aider.
L’itinérance cachée se définit par une situation d’hébergement temporaire, en l’absence d’autres options en matière d’habitation. Elle peut notamment se manifester lorsqu’une personne est hébergée par sa famille ou des amis, sans avoir de véritable droit d’occupation.7
Avant de vivre une situation d’itinérance, Tiff avait une vie bien établie, un emploi et une famille. Son parcours montre que l’itinérance peut toucher des personnes qui, en apparence, ont tout pour être à l’abri.
Parcours de vie
Après avoir longtemps vécu avec le sentiment de devoir cacher une partie d’elle-même, elle exprime ouvertement son identité de femme trans. Cette étape importante entraîne une rupture douloureuse avec son ex-conjointe et des épisodes de violence psychologique.
«Ce qui en a découlé, c’est une grande instabilité émotionnelle.»
-Tiff
Déjà confrontée à des difficultés liées à ses fonctions exécutives, elle voit ses capacités se détériorer. Les démarches administratives les plus simples deviennent difficiles à accomplir, notamment celles nécessaires au maintien de ses revenus.
Même si elle bénéficie de protections d’assurance liées à son emploi, elle n’arrive pas à effectuer les démarches à temps. À partir d’août 2024, elle se retrouve pratiquement sans ressources financières.
Privée de revenus pendant plusieurs mois, elle accumule les difficultés financières. Elle perd graduellement sa stabilité, puis la garde de ses enfants, alors qu’elle n’arrive plus à maintenir un environnement de vie stable.
Pour elle, l’itinérance est aussi liée aux violences et aux traumatismes dont il peut être difficile de se relever.
La maison qu’elle possède avec son ex-conjointe doit finalement être vendue pour éviter une situation financière encore plus difficile. Elle perd ainsi le dernier point d’ancrage qui lui restait. Elle se retrouve alors sans chez-soi.
Pendant six mois, elle est accueillie chez différentes amies. Elle n’est pas dans la rue. Elle n’est pas dans un refuge. Mais elle n’a pas de logement stable.
Son parcours illustre une réalité souvent méconnue : l’itinérance peut aussi se vivre d’un divan à l’autre, d’une adresse à l’autre, en comptant sur la générosité de son entourage pour avoir un endroit où dormir.
Les épreuves vécues l’amènent aussi à consommer des substances. Puis, elle découvre l’art, qui lui offre une autre façon de traverser cette période et de réduire sa consommation.
Au milieu de l’instabilité, elle découvre la solidarité, l’entraide et une forme d’humanité inattendue.
Son parcours lui a montré que l’itinérance peut toucher des personnes qui, de l’extérieur, ne correspondent pas à l’image que l’on s’en fait.
Elle avait un emploi. Elle avait une maison. Elle avait un réseau. Puis, une succession de ruptures et de difficultés a fait basculer son quotidien.
Aujourd’hui, l’art demeure pour elle une façon d’avancer et de se reconstruire.
L’itinérance des personnes trans et non binaires peut notamment être liée aux difficultés d’acceptation et au sentiment d’exclusion dans les réseaux primaires de sociabilité (famille, école, ami·e·s), ainsi qu’à la peur de la violence. Ces motifs sont fréquemment évoqués parmi ceux pouvant contribuer au passage vers l’itinérance.
L’instabilité, l’isolement et les difficultés vécues peuvent contribuer à une détresse psychologique et avoir des répercussions importantes sur la santé mentale et le bien-être.
L’affirmation de son identité de femme trans peut entraîner des réactions de rejet ou de violence de la part de l’entourage, fragilisant davantage le sentiment de sécurité et les liens sociaux.
La dépendance envers l’entourage pour se loger peut mener à des solutions d’hébergement temporaire, précaire ou instable, sans garantie de sécurité ou de continuité.
Découvrez des organisations qui peuvent aider.
L’itinérance jeunesse se définit par toute situation d’itinérance vécue entre 13 et 24 ans. Elle se distingue de celle vécue à l’âge adulte par les causes, les conséquences et les interventions qu’elle requiert.10
Tania est une maman aimante et passionnée, qui avait des rêves pour son avenir. Déterminée à avancer malgré les difficultés, elle a pourtant vécu quatre années d’itinérance.
Parcours de vie
À la suite d’un accident, elle perd la garde de ses enfants. Au début, elle peut encore les voir, mais les contacts diminuent peu à peu jusqu’à être complètement interrompus.
La garderie se trouve pourtant juste en face de son appartement. Elle les entend arriver le matin et les observe de loin par la fenêtre, sans pouvoir leur parler.
La pandémie vient couper encore davantage les contacts avec ses enfants. La douleur devient difficile à soutenir et elle replonge dans la consommation.
Elle se retrouve entourée de personnes qui vivent elles aussi des situations difficiles et cherche, dans l’adrénaline et la consommation, une façon de se sentir exister malgré la perte de ce qui comptait le plus pour elle.
Elle quitte Québec et vit pendant quatre ans une forme d’itinérance qui la mène d’un endroit à l’autre.
Elle accepte les emplois qu’on lui propose, de la toiture au ménage. Elle devient aussi travailleuse du sexe. Peu à peu, le travail du sexe devient pour elle une façon de survivre et d’échapper à une peine devenue trop lourde.
« N’importe quel travail qu’on pouvait m’offrir, je l’acceptais. »
-Tania
La consommation prend de plus en plus de place. Elle fait trois surdoses et est témoin de situations qui la confrontent à la violence et à la mort.
Elle voit des personnes s’effondrer, des surdoses, des meurtres.
Puis, un jour, quelque chose change.
Depuis qu’elle est jeune, elle rêve de travailler dans le domaine de la coiffure et adore les animaux. Elle imagine alors une façon de réunir ses deux passions : devenir toiletteuse.
En cherchant de l’aide financière, elle est dirigée vers Emploi-Québec. Une intervenante lui parle de La Dauphine, qui offre alors une formation d’aide-toiletteur.
Cette possibilité lui semble presque trop belle pour être vraie.
Elle ne se sent pas prête. Elle consomme encore et n’a pas d’endroit où dormir. Mais quelqu’un lui offre un toit au bon moment.
À La Dauphine, elle rencontre une intervenante du programme JAD. Même lorsqu’elle ne se présente pas toujours, on ne l’abandonne pas. Ensemble, elles préparent son retour à l’école de toilettage. Et elle réussit.
« On a su me redonner confiance. »
-Tania
Elle termine sa formation en toilettage tout en étant accompagnée par une psychologue, qui l’aide encore aujourd’hui.
Cette réussite lui redonne le goût de poursuivre ses études secondaires. Elle choisit finalement de travailler dans le domaine qu’elle aime, tout en gardant l’idée de retourner aux études un jour.
Pour elle, La Dauphine lui a redonné bien plus qu’une formation.
Aujourd’hui, elle souhaite à son tour aider les autres. Son vécu lui permet de mieux comprendre la souffrance de celles et ceux qui traversent des épreuves semblables et de les accompagner.
Exposition à des situations de violence, d'exploitation, de stigmatisation ou d'insécurité lors de l'exercice du travail du sexe, et ce, particulièrement en contexte de précarité.
Des difficultés liées à la consommation peuvent accentuer la précarité et rendre plus complexe la recherche de stabilité et l'accès aux services
La rupture de liens familiaux, sociaux ou significatifs comme la perte de la garde de ses enfants peut entraîner un sentiment d’isolement, une perte de repères et une diminution du soutien disponible.
Découvrez des organisations qui peuvent aider.